Si Éric Chevillard a fait son entrée en littérature en publiant en 1987 un roman intitulé Mourir m'enrhume, il faut croire qu'il a trouvé dans l'écriture une façon efficace de prolonger son agonie, l'auteur ayant publié une vingtaine de livres depuis. Son blogue L'Autofictif, qu'il tient depuis septembre 2007, accueille quotidiennement trois fragments où l'humour absurde s'évertue à déjouer les attentes des lecteurs. L'une de ces attentes concerne évidemment le genre de l'autofiction, fort prisé aujourd'hui, où l'auteur prétend se mettre en scène en révélant les aspects les plus intimes de son existence.

Chevillard opte quant à lui pour l'autodérision et l'inventivité. Il affiche également un goût prononcé pour les historiettes animalières, celles-ci servant toujours de prétexte à des raisonnements savoureusement illogiques: «Mais non, écrit-il, les larmes du crocodile ne sont pas feintes. Il s'agit bien réellement de saler le gnou.» Chevillard est l'un des rares auteurs français à avoir osé tenter l'aventure du blogue, cette pratique d'écriture étant souvent considérée - encore aujourd'hui - comme étant de peu d'intérêt. L'Autofictif montre comment la publication quotidienne permet d'instaurer une relation particulière avec un lectorat, celui-ci devenant le témoin privilégié des élans créateurs de l'écrivain qu'il admire. Il faut également mentionner que ce blogue a aussi donné lieu à trois recueils, tous publiés chez L'Arbre Vengeur.

Simon Brousseau